samedi 2 décembre 2006
L'oeuvre d'Aristote au Moyen Âge (Alain de Libera)

L'oeuvre d'Aristote n'a été connue
en sa quasi-totalité qu'à la fin
du XIIe siècle
Alain de LIBERA
L'oeuvre d'Aristote n'a été connue en sa quasi-totalité qu'à la fin du XIIe siècle. En fait, ce qui n'est pas sans conséquence sur l'histoire de l'aristotélisme médiéval, l'oeuvre d'Avicenne a été connue avant celle du Stagirite, car les traducteurs de Tolède se sont plus intéressés à la philosophie arabo-musulmane et juive qu'au corpus artistotelicum. L'entrée d'Aristote a donc été préparée puis accompagnée par celle des péripatéticiens arabes. Du filtre d'Avicenne à celui d'Averroès, "l'aristotélisme" n'a jamais existé à l'état pur : le mouvement de déplatonisation d'Aristote accompli par Thomas d'Aquin l'a été dans les pas d'Ibn Rushd, comme celui de replatonisation du Stagirite accompli par les premières générations de maîtres du XIIIe siècle l'avait été dans ceux d'Ibn Sînâ.
Alain de Libera, La philosophie médiévale (1993), éd. 1998, Puf, p. 358-359
vendredi 1 décembre 2006
Boèce (480-524) - introduction
Boèce (480-524) - introduction
- "Bien qu'il ait vraisemblablement commenté plus d'oeuvres d'Aristote, c'est seulement comme commentateur de l'Organon que Boèce est passé à la postérité. Ses commentaires des Catégories et du De interpretatione ont constitué pour plusieurs siècles la grille de lecture obligée de la sémantique et de la syntaxe logiques aristotéliciennes. (...)
Philosophe, mais, en même temps, théologien chrétien, Boèce conciliait ce qui à l'époque était inconciliable : un néo-platonisme authentique et une orthodoxie religieuse non moins militante. Adversaire de la dissidence théologique nestorienne et jacobite, il a rédigé un ensemble de traités de théologie catholique qui ont profondément imprégné l'ensemble de la pensée médiévale (...).
Métaphysicien profond, Boèce a exprimé les grandes lignes d'une distinction porteuse de toute la tradition onto-théo-logique, la différence entre l'être et l'étant, que, dans Sein und Zeit (l'Être et le temps), M. Heidegger a désigné sous le titre de "différence ontologique". C'est dans les Hebdomades qu'il jette les bases de ce qui deviendra l'ontologie : il en fixe la terminologie, le domaine, la structure. Dans une langue difficile, qui, de fait, exigera des siècles de commentaires, il expose les fondements de la différence entre l'être et l'étant, la substance et l'accident, l'être par essence et l'être par participation".
Alain de Libera, La philosophie médiévale, 3e éd. 1998, p. 248-250.
- Boèce (480-526)
Ce chrétien, consul et maître du palais en 510 et 522, publie des traductions et des commentaires des oeuvres d'Aristote (384-322), notamment l' Organon, et de l'Isagoge de Porphyre (ca 234-305). Il est aussi l'auteur d'Opuscules théologiques et d'une Consolation de la philosophie. Tombé en disgrâce et accusé de trahison, il est exécuté entre 524 et 526 sur l'ordre du roi goth Théodoric.
L'influence de Boèce sur la philosophie médiévale est capitale : jusqu'à la fin du XIIe siècle il est la principale source de connaissance d'Aristote. En outre, il a créé un vocabulaire philosophique latin, transmis au Moyen Âge la question des universaux, et fournit à la scolastique une méthode de recherche par ses analyses de la logique et de la dialectique.



